
Nouvel article en ce triste lundi, mais comment rendre neuf et faire l"article d'un papier si chiffonné, déchiré depuis tant d'années, et qui ne fait que psalmodier les mêmes antiennes, où
l'un dit:
"Je me fous des résolutions internationales votées contre moi, jamais appliquées par l'ensemble de cette communauté mondiale qui, me condamnant régulièrement, n'en continue pas moins à collaborer tout en la confortant avec ma "démocratie". Je n'ai jamais eu l'intention de suivre une autre feuille de route que celle choisie par moi, cette terre d'Israël est mienne, du Jourdain à la Méditerranée. Les autochtones non juifs, qui persistent à ne pas vouloir comprendre, sont à présent parqués dans une cinquantaine de prisons à ciel ouvert, et nos drones et nos Cobras et nos Apaches et nos snippers les surveillent et les tuent tout à leur aise en jugulant efficacement leur taux de natalité galopante et en les poussant à foutre enfin le camp......"
L'autre dit:
"Je n'ai plus rien à perdre, un Caterpillar a rasé la maison de ma copine, ma ville recule chaque année de 100 m car les immeubles s'écroulent tant ils sont constamment mitraillés, les oliviers de ma famille ont tous été arrachés, mon puits a été bouché, mon oncle et mon cousin sont emprisonnés depuis deux ans sans avoir même été jugés, un colon a tué délibéremment et impunément Brahim, le petit frère de mon meilleur camarade, prenez garde à ma fureur!"
Cet autre, et ce pourtant si ressemblant se lève, il est à présent calme et déterminé, il passe l'infâme check point en tenant par la main une très vieille femme qu'il ne connaît pas, après des heures d'attente sous les humiliations et les quolibets. C'est la première fois qu'il sort de la bande de Gaza (10 km par 40) partagée "à part égale" entre 7000 colons et 1 million 400000 palestiniens! Il marche sur Tel Aviv. Avant d'être la capitale de l'Occupant, il y avait là de nombreux villages arabes. Son arrière grand père y possédait une maison, il lui a transmis, voici déjà deux semaines à la veille de sa mort, une vieille clé rouillée, qui n'ouvre plus que sur un antique rêve inaccessible. Il sert très fort cette clé sur sa ceinture, afin de rendre moins protubérante l'excroissance des batons de dynamite, une jeune fille avec des cheveux d'ange le bouscule. Il pense à la mère de son ami, rendue folle depuis l'assassinat de son "bébé" Brahim, ce petit shebab à l'esprit trop frondeur, déjà balafré par trois cicatrices qu'il arborait toujours fièrement, gamin qui lui collait toujours aux baskets pour lancer des pierres sur les chars et les Humlers. C'est une belle matinée, son copain le soleil le caresse et l'aide à franchir l'ultime limite de la peur abjecte, il s'avance et fend la foule, d'un pas ferme et serein, et puis, soudain très las, très vieux de ces seize années de cauchemars accumulés, son corps se cabre, son doigt se crispe sur le détonateur,,,, et tire en un dernier spasme inhumain le point final de cette mauvaise histoire, en un rougeoyant flash sonore et meurtrier.
C'était ce matin, c'était une histoire vraie, prévisible et probablement attendue par les autorités israéliennes pour justifier aux yeux du monde la violence inouïe des exactions ordinaires commises et encore à commettre par Tsahal sur toute une population de civils, c'était un charnier rouge d'humains en charpie, juste au bas de notre fenêtre, de l'autre côté de la grande bleue, et, si nous ne donnons pas un coup de main à tous nos pareils martyrisés, ce sera demain aussi, mais cette fois peut-être, chez nous!
Juste avant le sacre de la Démocratie Républicaine Américaine et l'accompagnant, voici revenu le temps de la jungle!
Le mur de cet ignoble cimetière qu 'est la Palestine occupée tombera car la liberté, indivisible, ne s'enterre pas! Ces milliers de morts anonymes sont figés dans l'attente de pouvoir enfin vous rencontrer, vous qui leur survivez dans votre simple quête de témoignages, dans votre exigence de justice.
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